Lin DELPIERRE, photographe - Vidéo - Lette de Montevideo

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Lettre de Montevideo

 

Mon second film en pellicule 8mm. Ville de Montevideo, rues vides, plages, heures du soir, nonchalance et attente, et aussi un mur sur lequel étaient inscrits ces quelques mots : le désespoir du silence. Quelques mois plus tard, au moment que je croyais achevé le montage, en visionnant ce qui m’apparaissait comme un état définitif, ce syntagme, et/ou quelque chose surgi de son propre fond mémoriel, me rappela un fragment de vidéo réalisé deux années auparavant lors d’une manifesfation silencieuse en mémoire des disparus de la dictature. Ce plan représentait, parmi les bannières photographiques dédiées aux absents - le visage d’une femme ondoyant dans le cours ombreux de la remémoration.

Un reflet de néon rouge, comme du sang électrique, court le long de sa gorge : pour voir cela, ce visage suscité par la foule oraculaire et cette tendresse qui tombe en nous comme de la neige, il faut pressentir le lent et le caché du film, le soustraire à son anatomie temporelle.

Ce visage lent et latent, reposait, inatteint dans ma mémoire, amande.

C’est le montage, une activité diurne du film, qui l’a exhaussé dans la présence.

Image absente contre la granularité de la mer, et l’ombre pleinière des amoureux.

Ce qui m’intéresse, c’est qu’il n’y a pas de scénario, ni d’idée de départ. Compte l’agencement des sensations conduites par le sens qui ne veut pas partir de soi mais du dehors. Un dehors en dedans – à rêver, à travers de nos organes sombres.

Et aussi, cela qui vient contredire cette assertion, la rétrospection plus que la projection, la faille plus que l’étendue, l’attente plus que la diligente conquête.

Dans le moment que je filme rien ne m’apparaît que la duplicité des images : elles sont vraies dans leur mensonge et mensongères dans leur vérité.

Lettre de Montevideo, 8 mm, durée 7’ 42  - Afffluent sonore est de Jean François Cavro