Lin DELPIERRE, photographe

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Accélération et décélération (Michèle COHEN HADRIA)

 

Définie par cette approche avant tout compréhensive, l'oeuvre paraît innervée en ses filigranes d' une culture poétique, significative chez cet artiste qui en pratique la discipline littéraire, garantissant ainsi à une appréhension proche de
la « vision de voyage », une discursivité induite et une profondeur insolite.

Delpierre ne se contente pas cependant de recourir à la photographie seule. C'est aussi avec maîtrise qu'il aborde à présent un plus instable champ cinématographique. Film expérimental, lourd cela va sans dire du poids méditatif que la poésie confère déjà à sa photographie Il parvient, de plus, là où maints photographes échouèrent, à opérer sans heurt une difficile translation entre photographie et film, préservant à chacun sa spécificité et ses possibles écarts, perceptibles à éclipse dans ses essais filmiques. Des vidéos telles que « Lettre de Montevideo » ou « Go To The Hell », opérant au cœur de problématiques urbaines et politiques, assurent ce va et vient complexe, soutenu, entre mouvement et fixité sans que ces instances ne cèdent aux limites de leur cadre orthodoxe.

Ses arrêts sur image ou plutôt « arrêts sur un inarrêtable cours de mouvements urbains et collectifs » autorisent ce type de suspension subliminale, qui en un éclair vite enfoui dans les recoins de la perception, de la conscience et de la memoire induit à interroger la photographie en tant que problématique fixité que nous avons trop facilement tendance à prendre pour énonciation sans faille mais qu'il montre comme prise au cœur d'un mouvement tourbillonnaire sujet à d'imprévisibles stases luminescentes...