Lin DELPIERRE, photographe

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Dans la mémoire du soleil (Christophe FOURVEL)

 

Lin Delpierre est myope et aussi autre chose. Il laisse volontiers le diagnostic dans le flou. Ce sera donc toujours un beau mystère de voir ce qu'il ramène de l'obscur avec sa vision incertaine. Car il aime «travailler» le noir, saisir des présences presque entièrement absorbées par la pénombre. Parfois aussi, la lumière est celle du jour. Ses photographies sont le lieu d'une correspondance fugace qui a mis du sens dans une rue, qui a dessiné une histoire d'un instant.

28 octobre : comme un pickpocket. La distance du rapt établie, je remonte la rue, jusqu'à la jetée de la gare, en haut, et le soleil crie contre un train frôlant les habitations ; les visages anguleux se brisent comme ferait une clochette de mendiant qui frappe le ciel bleu puis disparaît dans la mémoire du soleil.

Lin Delpierre écrit, et c'est même une histoire plus ancienne que la photographie. La citation précédente est extraite d'un livre*. Elle est posée tout à la fin de l'ouvrage, parmi des notes brèves de voyage. L'œil alors, évoque en bout son expérience immontrable, ce paysage complexe que traversent un train, les visages, la clochette et puis qui disparaît dans la mémoire du soleil. Ce tableau n'appartient qu'à un seul regard. À celui qui l'a écrit. En l'occurrence, c'est signé : au pickpocket photographe Lin Delpierre. Cette note ramenée d'un séjour à Bombay enchaîne quelque chose de commun (le photographe est un pickpocket à distance) et une vision très singulière. Le paragraphe résume un de nos écarts et pas le moindre; la préoccupation inévitable de faire cohabiter notre part commune et notre singularité. Comment nous nous en sortons avec le recouvrement de nos catégories « seul » et «ensemble», l'état de l'intersection entre ces deux ensembles qui nous fondent aussi bien l'un que l'autre.