Lin DELPIERRE, photographe

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Quand le corps manque à sa parole (Alexandre ROLLA)

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais, peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! [1]

 

De Rome à Bombay, de Barcelone à Montevideo, Lin Delpierre sillonne le monde. Il court les continents. De ses voyages, la passante est l’empreinte, le point de repère. Elle traverse de multiples univers, toutes les couleurs des villes et des déserts. Parfois, elle s’efface progressivement. Elle n’est plus qu’un voile. Un filtre qui oscille entre présence et absence, de l’opacité à la transparence. L’épaisse fourrure des femmes moscovites, le flash de couleurs des robes latines, la douceur des kimonos, la légèreté des saris…

[1] Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du Mal, Paris, Gallimard, 1996, p. 127.