Lin DELPIERRE, photographe

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L'ombre de la ville (Alain MONS)

 

De très belles spectralités, des recouvrements, des voilements, des glissements, des réverbérations, se découvrent dans les clichés de Lin Delpierre. Il s'agit d'une photographie d'une délicatesse extrême qui n'est pas sans une violence sourde, latente. Par exemple des images prises en Russie (1992-1993) exaltent une atmosphère grise, nostalgique, ouatée ; le dehors et le dedans se combinent savamment dans un jeu complexe d'ombres et de reflets. Une photo (fig. 36) nous fait assister à une sorte de fondu enchaîné entre un café et l'extérieur (elle n'est pas sans fire penser à rue Montmartre Ronis). Les façades, les arbres, la pointe d'une église, s'inscrivent indirectement dans l'espace du café autravers la surface vitrée.

Les anamorphoses sont permanentes dans le quotidien des villes, elles impliquent des mélanges, des juxtapositions paradoxales, et un regard fondamentalement décentré. Le photographe repère et accentue par la loupe optique, les collages intrinsèques à l'espace citadin. En ce sens, sa démarche est à l'opposé du mythe de la pureté du totalitarisme urbain, puisque les images indiquent le tressage des signes, des significations, des couches, des coins, dans la ville.